Voyage & émissions de CO2… la quadrature du cercle ?
Comment concilier désir d’évasion, de rencontres, d’épanouissement et diminution nécessaire des émissions de gaz à effet de serre (GES) ? Faudra-t-il renoncer à voyager ? Certainement pas… Explications de Jean-François Rial.
Comment peut-on encore prendre l’avion aujourd’hui quand on a une conscience environnementale ?
J’irai plus loin : comment continuer à vivre en ville, dans un appartement chauffé, avec un frigo et un téléphone portable ? Doit-on « revenir en arrière », comme certains le prônent ? Je ne suis pas de ceux là. Le « progrès », comme l’appelait nos grands pères, le développement -comme on dit aujourd’hui- demeurent le sens profond de l’humanité. Mais nous savons aujourd’hui que ce développement a un coût et nous ne pouvons pas ignorer ses conséquences sur l’état de la planète. Nous devons, c’est une question de survie, réduire de 75 % nos émissions de co2 d’ici 2050. Cela ne veut pas dire retourner dans les cavernes, cela veut dire utiliser au mieux les 25 % restants. Autrement dit se poser vraiment la question de « l’utilité sociale » de chaque activité humaine émettrice de gaz à effet de serre. Ainsi, en fonction de son « utilité sociale », chaque secteur économique pourra justifier de son quota de Co2 parmi les « 25 % restants » acceptables.
Le secteur du voyage n’est-il pas marginal dans le changement climatique ?
On pourrait le croire en effet puisque le transport aérien n’émet « que » 2,5% des GES au niveau mondial. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a été exclu des premières limitations Kyoto. Mais ce serait une erreur de jugement, pour au moins trois raisons.
D’abord, ce pourcentage est très élevé si on le rapporte au nombre de gens qui voyagent. Et avec un doublement du trafic aérien tous les huit ans, on atteindra en 2050 entre 10 et 20% des émissions mondiales, selon les économies faites dans les autres secteurs. Ensuite, toutes les études montrent que les conséquences du changement climatique sont plus fortes dans les pays du Sud, or ce sont aussi les pays dans lesquels nous voyageons beaucoup. Enfin, le transport aérien dépend aujourd’hui à 100% des énergies fossiles et aucune énergie alternative n’existe encore.
Faudrait-il alors changer nos habitudes, voire même ne plus voyager loin ?
Changer nos habitudes bien sûr, ne plus voyager surtout pas ! Je crois fermement que le voyage ouvre la connaissance du monde, il rapproche les peuples, il est indispensable pour mieux se connaître et se comprendre, et cette qualité est unique parmi les diverses activités économiques. Le voyage est aussi une activité économique qui fait vivre des millions de personnes dans le monde, et notamment dans les pays du Sud. Pour toutes ces raisons, je suis convaincu que le tourisme pourra prétendre à des quotas de CO2 dans le cadre des négociations de « l’après Kyoto » qui se concluront, j’espère, en 2010. Mais pour autant il ne s’agit pas de faire n’importe quoi et l’industrie du tourisme a aussi des progrès à faire pour s’interroger sur ses pratiques.
Justement, quelles mesures préconisez vous, pour les voyageurs particuliers et pour les acteurs du voyage ?
Les particuliers modifient déjà leurs habitudes et le feront encore plus demain. Par exemple prendre le TGV plutôt qu’un vol intérieur est non seulement considéré comme pratique mais est aussi plus « écologique », même si le bilan CO2 du train est à reconsidérer (électricité fossile marginale prise, amortissement des machines, etc…). Les bilans carbone individuels se multiplient, demain nous arbitrerons nous aussi entre nos différentes habitudes de consommation en fonction de leur coût carbone. Mais les vraies évolutions passeront par les transporteurs aériens : permettre de partir loin depuis des aéroports régionaux pour limiter les vols successifs, rationaliser les voies aériennes, moderniser les structures aéroportuaires et les flottes, réduire les temps « de route » des avions sur les pistes, etc. La prise de conscience des grandes compagnies est réelle, les actes doivent suivre et commencent sérieusement : IATA affiche la double grande ambition suivante :
- stabilité des émissions de l’industrie d’ici 2020, ce qui signifie des économies de 50 % à trafic constant !
- bilan carbone neutre d’ici à 2050, ce qui est extrêmement ambitieux !
Air France a pris la mesure du sujet, en mettant en place de multiples économies et en finançant un projet important de reforestation à Madagascar.
Et vous, chez Voyageurs du monde, quelles mesures vous appliquez vous concrètement pour limiter l’impact de votre activité sur le réchauffement climatique ?
Il y a deux niveaux de réponses.
Tout d’abord, l’entreprise Voyageurs du Monde. Nous avons fait notre bilan carbone avec le soutien de l’Ademe dès 2006 et, depuis, nous nous sommes engagés dans un processus de réduction des émissions de co2 : systématisation du train pour les déplacements en France, incitation financière à l’utilisation des transports en commun pour tous les salariés, réduction des postes énergétiques de nos locaux, etc. Notre objectif est de rester à émissions de CO2 constantes à fin 2008 malgré une croissance de 20%, autrement dit diminuer de 20%, objectif qui a été atteint en 2009 ! Et pour les déplacements en avion irréductibles que sont nos déplacements professionnels et nos voyages de formation dans le monde, nous neutralisons en intégralité les émissions de ces transports aériens en finançant à hauteur des projets de compensation carbone. Qui dit « compensation » ne signifie pas s’acheter une bonne conscience si ces projets de compensation sont fiables, pérennes et absorbent vraiment du CO2 sur le long terme !
Ensuite il y a notre activité de voyagiste. Voyageurs du monde prélève sur sa marge les sommes correspondant à 1/4 de tonne d'équivalent CO2 sur les voyages en Europe ou au Maroc et 1/2 tonne d'équivalent CO2 pour le reste du monde. Ce qui représente globalement 20 % des émissions de co2 de nos voyages, autrement dit nous anticipons depuis deux ans le volume de réduction que la commission européenne propose pour le transport aérien. Bien sûr cela n’empêche pas nos clients d’aller au-delà à titre individuel !
Ces sommes (500 k€ environ pour 2008 et 700 k€ par an, en phase de croisière sur toutes nos marques : Voyageurs du Monde, Terres d’Aventure, Comptoir des Voyages, Nomade Aventure, Déserts, G.N.G.L) vont être réinvesties par l’intermédiaire de notre fondation d’entreprise dans des projets de reforestation au Brésil et au Sénégal. Outre l’absorption de CO2, nous voulons que nos projets remplissent deux objectifs supplémentaires : s’inscrire dans un processus de développement local avec des retombées sociales mesurables pour les populations et participer à la préservation de la biodiversité. Nous garantirons ces objectifs par le label « MDP » de l’ONU et le Label International VSC (spécifiquement sur la biodiversité). Car l’environnement n’est que l’un des piliers du développement durable, le volet social en est un autre auquel nous sommes, par essence, très attaché aussi.
Les deux importants projets seront finalisés en 2010, nous vous en dirons bientôt plus sur le blog de Travelgreen.














